Acheter ou Louer son Matériel dEscrime ?
C’est la grande question de chaque rentrée en septembre au club. On la voit dans les yeux des parents qui débarquent au gymnase d’Argelès pour la première fois, un œil sur leur petit bout de chou qui veut devenir Zorro, et l’autre sur le chéquier.
Faut-il tout acheter tout de suite ? Est-ce que je dois investir dans une tenue complète FIE alors que mon fils ne sait même pas encore faire une fente correcte ?
La réponse courte : non. Surtout pas. Rangez la carte bleue.
L’escrime traîne cette réputation de sport aristocratique qui coûte un bras. C’est faux, du moins au début. Si on se débrouille bien, ça ne revient pas plus cher que le judo ou l’équitation. Ici, à Lame Argelésienne, on a tout prévu pour que vous ne vous retrouviez pas avec 400 euros de matériel sur les bras si votre enfant décide de se mettre au basket au bout de trois mois.
On va décortiquer tout ça ensemble. Je vais vous expliquer comment on fonctionne pour la location, quand il devient intelligent d’acheter, et surtout, quoi acheter sans se faire avoir par le marketing.
La solution survie : La location via le club
Soyons clairs : pour un débutant, acheter une tenue complète est une hérésie financière. Surtout chez les jeunes (M9, M11). Les gamins poussent comme des champignons. Vous achetez un pantalon en septembre, en mars il lui arrive aux mollets. C’est du vécu.
C’est pour ça que le club possède un stock de tenues. Ce n’est pas du neuf, hein. Certaines vestes ont vécu des dizaines d’assauts, le blanc n’est plus immaculé comme dans les pubs, mais elles sont aux normes de sécurité (350 Newtons, c’est ce qui compte pour éviter les accidents).
Le système est assez simple chez nous :
- Pour une somme modique à l’année (souvent intégrée ou ajoutée à l’adhésion, vérifiez sur notre page Inscriptions et Tarifs), on vous prête le kit de base : veste, pantalon, sous-cuirasse.
- Le masque, c’est pareil. On en a des étagères pleines. On vérifie la languette arrière et le treillis métallique à chaque début de saison.
- Le seul truc qu’on préfère éviter de louer sur le long terme, c’est le gant. On en reparlera, mais c’est un nid à microbes.
L’avantage énorme, c’est la flexibilité. Votre enfant prend 5 cm en décembre ? Pas de problème, on retourne au placard du club, on rend la veste taille 40 et on prend la 42. C’est fait en 5 minutes avant l’entraînement.
L’exception à la règle : Ce qu’il faut acheter TOUT DE SUITE
Même si vous louez tout le reste, il y a deux ou trois petites choses qu’il faut posséder en propre. C’est une question d’hygiène, pas de performance.
D’abord, le gant. Sérieusement, imaginez enfiler une main dans un gant en cuir qui a absorbé la transpiration de trois autres tireurs avant vous. C’est moite, ça sent le fenec, c’est juste désagréable. Un gant d’escrime de base coûte entre 15 et 25 euros. C’est le premier investissement à faire. Marquez le nom dessus au marqueur indélébile, parce qu’un gant, ça se perd aussi vite qu’une chaussette.
Ensuite, les chaussettes hautes. N’importe quelles chaussettes de sport blanches qui montent au genou font l’affaire (type foot ou rugby). Pas besoin d’avoir le logo « Prieur » ou « Allstar » dessus pour commencer. L’important, c’est qu’il n’y ait pas de peau nue visible entre le pantalon et la chaussette. Si l’arbitre voit de la peau, c’est carton jaune (enfin, on est plus cool à l’entraînement, mais prenez les bonnes habitudes).
Quand faut-il investir dans son propre matériel ?
Il arrive un moment où la location ne suffit plus. Généralement, c’est après une ou deux années de pratique, quand on sent que la passion est là pour durer.
Voici les signes qui ne trompent pas :
Si vous commencez à faire le tour des gymnases de la région le week-end, la location devient pénible. Il faut emprunter le matos le vendredi, le ramener le lundi, prier pour ne rien oublier… Avoir son propre sac, prêt à partir, c’est une paix d’esprit incroyable pour les déplacements en compétition.
Il y a aussi le facteur confort. Une veste de club, c’est du standard, souvent du coton épais un peu raide. Les vestes personnelles modernes sont en tissus synthétiques, beaucoup plus légers et extensibles. Pour les fentes et les flèches, la différence de liberté de mouvement est flagrante.
Enfin, pour les adultes et les compétiteurs sérieux, l’hygiène du masque devient critique. Un masque personnel, c’est une mousse qui prend la forme de votre visage et que vous (et seulement vous) lavez. Croyez-moi, mettre la tête dans un masque collectif au mois de juin quand il fait 30°C dans la salle… c’est une expérience qu’on préfère éviter.
Guide d’achat : Dans quel ordre s’équiper ?
N’achetez pas tout d’un coup, sauf si vous avez gagné au loto. Construisez votre sac petit à petit. Voici ma stratégie recommandée, basée sur des années de piste :
1. Le Masque (60€ – 150€)
C’est votre visage. Les masques de club sont souvent un peu mâchés au niveau de l’attache arrière. Avoir son propre masque, c’est s’assurer qu’il tient bien. Attention : si vous faites de la compétition, vérifiez bien les normes (FIE 1600N pour l’international, mais 350N suffit souvent pour le régional jeune).
2. Le Pantalon et la Veste (100€ – 300€ l’ensemble)
Prenez du synthétique. C’est plus cher que le coton, mais ça sèche en une heure au lieu de deux jours. Et ça résiste mieux aux lavages répétés (à 30°C, jamais d’adoucissant, malheureux ! L’adoucissant bousille les fibres techniques).
3. L’Arme (50€ – 150€)
C’est souvent ce que les gamins veulent en premier, mais c’est ce qu’il faut acheter en dernier. Pourquoi ? Parce que le club en prête. Et surtout, une lame, ça casse. C’est du consommable. Si vous achetez une arme, prenez-en deux. Arriver en compétition avec une seule arme, c’est comme aller faire un rallye sans roue de secours. Au premier fil cassé ou à la première lame tordue, c’est le forfait.
4. Le Fil de corps (15€ – 25€)
Le truc le plus agaçant de l’escrime. C’est toujours le fil de corps qui a un faux contact. En avoir un à soi, dont on prend soin (ne pas le rouler en boule au fond du sac !), c’est s’éviter 10 minutes de stress avant chaque match pour savoir pourquoi la lampe verte ne s’allume pas.
Marques et Fournisseurs : Le vrai du faux
On ne trouve pas de matériel d’escrime chez Decathlon au coin de la rue (enfin, ils ont une gamme en ligne, mais c’est très basique). Il faut passer par des spécialistes. Et là, on a l’embarras du choix, mais les philosophies sont différentes.
Si vous cherchez du costaud, de l’allemand qui dure 20 ans, regardez du côté de Allstar ou Uhlmann. C’est cher, c’est un peu « lourd », mais c’est increvable. La plupart des champions tirent avec ça.
Pour l’élégance et la tradition française, il y a Prieur. Ils ont fait beaucoup d’efforts ces dernières années sur les tissus. Leurs tenues ont une coupe un peu plus ajustée. C’est made in France (ou pas loin), et on aime bien soutenir les maisons historiques.
Si vous avez un budget plus conséquent et que vous cherchez la légèreté absolue, les Anglais de Leon Paul sont imbattables. Leurs masques « X-Change » sont géniaux car on peut retirer toutes les mousses pour les laver en machine. Par contre, ça coûte un rein.
Petit conseil d’ami : Ne commandez pas une tenue complète sur Internet sans avoir essayé une marque similaire avant. Un « 48 » chez Prieur n’est pas un « 48 » chez Allstar. Demandez aux autres tireurs du club : « Haut les mains ! Je peux regarder ton étiquette ? » C’est comme ça qu’on fait.
Le bon plan : La seconde main au club
Avant d’aller dépenser des fortunes sur les sites marchands, venez voir au bureau ou parlez aux « anciens ». Il y a un marché gris hyper actif au sein du club.
Les parents des M13 revendent souvent le matériel devenu trop petit aux parents des M11. Ce sont des vestes qui ont servi deux saisons, autant dire qu’elles sont neuves. On a souvent une petite affichette ou un bouche-à-oreille qui fonctionne bien en début de saison. N’hésitez pas à demander aux membres du bureau ou aux maîtres d’armes lors des entraînements. Vous pouvez trouver une veste FIE 800N à moitié prix juste parce qu’il y a une petite tache de rouille sur la manche (ça part avec du citron, astuce de grand-mère).
L’escrime est un sport de combat, le matériel va souffrir de toute façon. Pas besoin qu’il brille, il faut qu’il protège et qu’il permette de toucher. C’est tout ce qui compte.
Si vous avez un doute, venez nous voir avec votre smartphone et montrez-nous ce que vous comptez acheter. On vous dira tout de suite si c’est une bonne affaire ou si c’est du matériel de « déguisement ».
