Entretenir son matériel descrime : Nos conseils
Soyons honnêtes deux minutes. Il n’y a rien de pire que l’odeur d’un sac d’escrime qu’on a « oublié » d’ouvrir le dimanche soir après une compétition. Ce mélange de transpiration rance, de métal froid et de caoutchouc, c’est la signature olfactive de notre sport. Mais au-delà de l’odeur qui fait fuir les chats, négliger son matos, c’est surtout le meilleur moyen de perdre une touche décisive à 14-14 parce que votre épée ne s’allume pas.
Ici à Argelès, avec l’air marin, on a un ennemi supplémentaire : le sel. L’oxydation va deux fois plus vite qu’à Paris ou Lyon. J’ai vu des lames neuves devenir orange en deux semaines juste parce qu’elles dormaient dans un coffre de voiture humide.
On ne va pas vous réciter le manuel de la FIE. On va parler vrai : comment faire durer votre veste plus d’une saison et réparer ce satané fil de corps qui crachote tout le temps.
La tenue : arrêtez de tout bouillir
C’est la base, mais je vois encore trop de tireurs (ou leurs parents) commettre l’irréparable. Votre tenue blanche (veste, sous-cuirasse, pantalon), c’est du tissu technique, souvent avec des fibres de Dyneema ou de Kevlar selon la gamme (350N ou 800N). Ce n’est pas un vieux tee-shirt en coton.
Le chlore et l’eau de Javel sont strictement interdits. Si vous javelisez une tenue 800N pour qu’elle soit « plus blanche », vous détruisez la fibre de sécurité. En gros, elle devient aussi protectrice que du papier toilette au bout de trois lavages. Pas terrible face à une lame cassée.
Voici ce qui marche vraiment :
- Fermez toutes les fermetures éclairs et, surtout, collez les velcros avant de mettre en machine. Un velcro libre dans le tambour, c’est une râpe à fromage qui va s’attaquer au tissu de votre veste pendant tout le cycle.
- 30°C ou 40°C maximum. Pas plus chaud.
- La lessive ? Liquide, standard. Pas besoin de produits « oxy-action » agressifs.
- Le séche-linge est votre ennemi. Il cuit les élastiques (bretelles, bas de pantalon). Laissez sécher à l’air libre, sur un cintre large.
Pour les masques… c’est un sujet qui divise. Certains les mettent au lave-vaisselle (programme froid, sans séchage). Risqué mais efficace. Personnellement, je préfère la méthode à l’ancienne : une brosse douce, de l’eau tiède dans la baignoire avec un peu de shampoing doux, et on frotte l’intérieur. Le plus important, c’est le rinçage. Si vous rincez mal, à la prochaine séance, la sueur va faire couler du savon dans vos yeux en plein assaut. Expérience vécue, c’est l’enfer.
L’ennemi public n°1 : La Rouille sur les lames
À Argelès-sur-Mer, on connaît bien ça. Une lame standard (non maraging) commence à piquer très vite. La rouille n’est pas juste moche ; elle cache les micro-fissures. Une lame rouillée casse plus vite et de manière plus imprévisible.
Si votre lame est marron :
Prenez du papier de verre, grain moyen pour dégrossir, grain fin (400 ou 600) pour finir. Frottez toujours dans le sens de la longueur, de la garde vers la pointe. Jamais en cercles. Si vous faites de l’épée ou du fleuret électrique, attention au fil collé dans la rainure. Si vous poncez le fil, vous dénudez le conducteur, et c’est le court-circuit assuré (lumière blanche au fleuret, touche à la coquille à l’épée).
Petite astuce de vieux briscard : après avoir poncé, passez un chiffon légèrement imbibé d’huile (type WD-40, mais très peu) sur le métal, puis essuyez bien avec un chiffon sec. Ça crée une micropellicule protectrice.
Le corps du délit : Le fil de corps
Vous pensez que votre épée ne marche pas ? 9 fois sur 10, c’est votre fil de corps. C’est la pièce la plus maltraitée de l’équipement. On tire dessus pour le débrancher, on le roule en boule au fond du sac…
Les pannes classiques ne sont pas sorcières à réparer :
Les vis des fiches banane se desserrent avec les vibrations. C’est bête, mais un petit coup de tournevis tous les mois évite les faux contacts. Ouvrez la prise (celle côté enrouleur ou côté garde), et vérifiez que le fil de cuivre est bien écrasé par la vis, pas juste posé à côté.
L’oxydation des fiches est traitre. Si vos fiches (les trois broches) sont ternes ou grisâtres, la conductivité est mauvaise. Prenez un petit morceau de papier de verre très fin ou de la laine d’acier 000 et faites-les briller. Ça change tout.
Si vous devez changer un fil, ne soyez pas radin. Les fils transparents premier prix durcissent en hiver et cassent à l’intérieur. Investissez dans du fil souple, c’est le jour et la nuit pour la durabilité.
La tête de pointe : chirurgie de précision
C’est là que ça devient technique. Pour les épéistes et fleurettistes, la tête de pointe est une zone de guerre. Vis perdue, ressort tassé, saletés…
D’abord, les vis. Elles ont une fâcheuse tendance à disparaître dès qu’elles touchent le sol. Travaillez toujours au-dessus d’une table avec une serviette claire posée dessus (pour éviter le rebond) ou mieux, un plateau magnétique. Avoir un tube de vis de rechange dans sa housse n’est pas une option, c’est une obligation vitale en compétition.
Le nettoyage : Parfois, la pointe « gratte ». Elle ne coulisse pas bien. Ne mettez JAMAIS d’huile dedans (ça agglomère la poussière et forme une pâte isolante). Utilisez un coton-tige imbibé d’acétone ou d’alcool à 90° pour nettoyer l’intérieur de l’embase et la tête de pointe elle-même.
Le ressort : Avec le temps, le ressort se tasse. Votre épée devient trop « molle » et ne repousse pas les 750g du poids de contrôle. Avant de changer le ressort, essayez de l’étirer très légèrement avec les ongles. Parfois ça suffit pour passer le contrôle des armes.
Recoller une lame : l’art et la manière
Au fleuret et à l’épée, le fil finit par se décoller, souvent vers la pointe, là où ça plie le plus. Si le fil sort de la rainure, il va se faire couper à la prochaine parade.
Le matériel nécessaire :
- De l’acétone pour nettoyer l’ancienne colle (indispensable, sinon la nouvelle ne tiendra pas).
- Une colle cyanoacrylate (type Super Glue) gel de préférence, ou une colle spéciale escrime type « Bostik » pour les puristes qui veulent de la souplesse.
- Un outil pour maintenir le fil (une cale en bois ou un dispositif de cintrage).
Il faut gratter tout le reste de vieille colle dans la rainure. C’est long, c’est pénible, mais si vous ne le faites pas, votre recollage tiendra 10 minutes. Une fois propre et dégraissé à l’acétone, posez un filet de colle, tendez le fil (sans casser la soudure à la base !) et maintenez pressé. La lame doit être courbée (cambrée) pendant le séchage pour que le fil ne saute pas à la première flexion.
Laissez sécher 24h. Je sais, vous avez entraînement ce soir. Tant pis, prenez votre arme de secours. Une colle fraîchement posée qui reçoit un choc va cristalliser et casser net.
Un dernier mot sur le stockage
L’ennemi de l’acier, c’est la condensation. Évitez le choc thermique. Sortir votre sac d’une voiture glacée en hiver pour entrer dans notre salle chauffée, c’est créer de la condensation immédiate sur vos lames froides.
Laissez votre sac ouvert dès que vous rentrez chez vous. Séparez les vêtements humides des armes. Si vous laissez votre veste trempée de sueur enroulée autour de votre masque, non seulement le masque va rouiller, mais la bavette conductrice va s’oxyder et ne plus valider les touches valables. Pour un sabreur ou un fleurettiste, c’est la mort du masque.
Prendre soin de son matériel, c’est aussi une forme de respect. Respect pour l’adversaire (personne n’aime tirer contre quelqu’un dont le matériel bug toutes les 30 secondes), respect pour l’arbitre, et respect pour votre porte-monnaie. Une lame bien entretenue dure plus longtemps, point final.
