C’est la rentrée, vous débarquez au club d’Argelès-sur-Mer pour inscrire le petit dernier ou peut-être pour vous y remettre après vingt ans de pause, et là… c’est le drame devant le formulaire d’inscription. On vous parle de M9, de M13, de Vétéran 2, et vous, vous cherchez désespérément la case « Poussin » ou « Benjamin » que vous avez connue dans votre jeunesse (ou dans d’autres sports).
Ne cherchez plus. La Fédération a tout changé il y a quelques années pour s’aligner sur l’international, et honnêtement, même si la logique est arithmétique, ça demande un petit temps d’adaptation. En tant que passionnés qui passons nos weekends au bord des pistes à Argelès ou ailleurs dans la région, on voit trop souvent des parents perdus devant les plannings de compétition.
On va mettre tout ça à plat. Pas de jargon fédéral indigeste ici, juste ce qu’il faut savoir pour que vous sachiez à quelle heure amener votre tireur à la salle et quelle taille de lame acheter.
La logique du « M » : C’est juste des maths
Fini les noms d’oiseaux ou de grades scolaires. Aujourd’hui, on classe par « Moins de ». Le « M » signifie simplement « Moins de X ans ». Pour savoir dans quelle catégorie tombe un tireur, on regarde son âge au 31 décembre de la saison en cours.
C’est bête comme chou, mais ça supprime l’ambiguïté.
Les tout-petits : M5 et M7 (L’éveil)
Ici, on ne parle pas encore vraiment de combat. Si vous voyez des bouts de chou de 4 à 6 ans courir avec des fleurets en plastique ou en mousse, vous êtes chez les M5 (Baby Escrime) ou M7.
- L’objectif n’est absolument pas la touche technique, mais la coordination. On travaille la latéralisation, le respect des consignes et surtout, on s’amuse.
- Niveau équipement à Argelès, le club fournit généralement tout. Inutile d’investir dans une tenue complète FIE à 300 euros pour un M5 qui va grandir de 10 cm dans l’année.
- Les « compétitions » sont des rassemblements ludiques. Tout le monde gagne une médaille, et c’est très bien comme ça.
L’école d’escrime : M9 et M11 (L’apprentissage)
C’est souvent là que les choses sérieuses commencent. Les M9 (auparavant Poussins) manient déjà le fer. C’est l’âge où l’enfant comprend qu’il ne suffit pas d’agiter l’épée comme un Jedi pour marquer.
Pour les M11 (les anciens Pupilles), on commence à voir de la vraie escrime se dessiner. Ce qui change tout à cet âge, c’est la gestion de la piste et de l’arbitrage. Les jeunes apprennent à s’arbitrer entre eux sous surveillance, ce qui est une excellente école de responsabilité.
Une petite note sur le matériel ici : attention à la taille des lames. En M9 et M11, on utilise des lames courtes (taille 0 ou 2). Ne faites pas l’erreur d’acheter une lame « adulte » (taille 5) en promotion, elle sera refusée au contrôle et votre enfant ne pourra pas tirer. Trop long, trop lourd.
Le virage de l’adolescence : M13 et M15
C’est la zone de bascule. Si votre enfant accroche en M13 (Benjamins), il y a de fortes chances qu’il continue longtemps. Pourquoi ? Parce que le jeu devient tactique et physique.
En M13, le matériel électrique devient souvent la norme en compétition officielle. C’est un budget, il faut être honnête. Le fil de corps, la veste électrique (au fleuret et au sabre), ça change la donne. Fini l’arbitrage « à la voix » ou à l’œil, c’est la machine qui décide. Ça évite des disputes, mais ça ajoute de la gestion technique (panne de fil, pointe dévissée…).
Les M15 (Minimes), c’est l’antichambre du haut niveau pour ceux qui le souhaitent :
- C’est à cet âge qu’on passe aux lames de taille normale (taille 5). Enfin ! Vous n’aurez plus à changer de lame juste parce que l’enfant change de catégorie.
- Le circuit national commence à s’ouvrir. On ne tire plus seulement contre le club voisin, on peut traverser la France pour des circuits Élite.
- La vitesse d’exécution explose. À regarder, c’est souvent la catégorie la plus impressionnante par l’énergie brute dégagée.
Le « Haut Niveau » et les Adultes
M17 (Cadets) et M20 (Juniors)
Ici, on ne rigole plus. Les M17 sont souvent des athlètes complets. Ceux du club d’Argelès qui performent dans ces catégories s’entraînent plusieurs fois par semaine. C’est aussi l’âge du bac, des études, et c’est souvent là qu’on perd des licenciés par manque de temps.
La catégorie M20 dure trois ans. C’est long. C’est un tunnel difficile où l’on affronte des tireurs qui peuvent déjà être sur des podiums mondiaux séniors. Physiquement, il n’y a plus de différence avec un adulte.
Seniors : La catégorie reine ?
De 20 à 39 ans (environ), vous êtes Senior. C’est la catégorie olympique. Mais attention, en club, « Senior » recouvre deux réalités très différentes :
- Le compétiteur acharné qui vise le classement national.
- L’escrimeur « Loisir » qui vient le mardi soir pour transpirer et boire un coup après.
Chez nous à Argelès, on mélange bien les deux. Un débutant adulte tirera souvent avec des compétiteurs confirmés à l’entraînement, et c’est comme ça qu’on progresse le plus vite.
Les Vétérans : Ne les appelez pas « Papi »
C’est une spécificité géniale de l’escrime : on peut être performant très tard. La catégorie Vétéran commence dès 40 ans. Et croyez-moi, l’ambiance sur un circuit Vétéran est unique. C’est féroce sur la piste, mais ça finit toujours au restaurant.
La fédération découpe ça par tranches pour garder l’équité, car on perd quand même un peu en explosivité avec les années (faut bien l’avouer) :
- V1 : 40 à 49 ans. Des tireurs encore très physiques, souvent des anciens élites qui reviennent.
- V2 : 50 à 59 ans. La catégorie la plus peuplée généralement. C’est très tactique.
- V3 : 60 à 69 ans. On court moins, on piège plus. L’expérience prime.
- V4 : 70 ans et plus. Respect total. Voir des tireurs de 75 ans enchaîner des matchs de 10 touches force l’admiration.
Le casse-tête du surclassement
Vous entendrez souvent ce terme au bord des pistes : « Il est surclassé ». Ça veut dire quoi ?
Un jeune talentueux a le droit de tirer dans la catégorie juste au-dessus de la sienne. Par exemple, un M15 qui se débrouille très bien peut aller tirer en M17. C’est excellent pour la progression, car ça l’oblige à élever son niveau de jeu.
Mais attention à la paperasse :
- Le simple surclassement (catégorie N+1) demande juste un certificat médical classique portant la mention « y compris en surclassement simple ».
- Le double surclassement (catégorie N+2), c’est une autre paire de manches. Il faut voir un médecin du sport agréé, faire parfois un électrocardiogramme, etc. C’est réservé aux très bons profils. Ne poussez pas votre enfant au double surclassement s’il n’est pas prêt physiquement, le risque de blessure face à des gabarits beaucoup plus vieux est réel.
En bref, pour s’y retrouver à Argelès
Si vous regardez le calendrier des compétitions sur notre site, vérifiez toujours deux fois la catégorie. Une erreur classique est de regarder l’année de naissance et de se tromper d’un an parce qu’on a changé de saison (le changement se fait en septembre).
L’escrime est un sport à maturation lente. Qu’importe si votre enfant est M11 ou M13, ou si vous débutez en V2. L’important est de trouver le créneau d’entraînement où l’opposition vous permet de progresser. N’hésitez pas à demander aux maîtres d’armes du club : parfois, un grand M13 aura plus intérêt à s’entraîner avec les M15 qu’avec ceux de son âge.
Et pour l’équipement, avant d’acheter cette superbe cuirasse électrique coûteuse, validez toujours avec le club que votre catégorie d’âge l’exige vraiment cette saison-là. Les règlements évoluent, et ce qui était vrai pour l’aîné ne l’est peut-être plus pour le cadet !
